Article Concert&Co 21/11
http://www.association-idees.com/TLG/Concert%26Co%20%2021%3A11.pdf
Article Concert&Co
Concert and co 21 novembre 2008
Frédéric Nevchéhirlian + Guylaine Renaud + Antoine Chao
La Muleta (Bodega) – Arles
Soirée surprise sur le thème du vélo de Jeanne Calment dans une bodega historique de la ville d’Arles : la Muleta. Le thème de cette soirée était imposé par le Museon Arlaten, le Musée d’ethnographie de la ville d’Arles et de la Provence et plus généralement (Musée créée par Frédéric Mistral il y a plus d’un siècle, c’est à dire après la naissance de Jeanne Calment).Cette soirée ouverte au public se fait dans le cadre de l’opération “le Voyage des 10“ organisée par le Musée pendant que des travaux sont réalisés dans celui-ci et donne lieu cette fois à l’enregistrement d’une émission “Equinoxe“ pour France Culture.
Je m’y présente sans savoir ce que je vais voir, uniquement attiré par la présence participative de Frédéric Nevchéhirlian…
La soirée commence par une introduction des officiels (conservateur du musée et président de la Muleta), interviewés par l’animatrice de France Culture. Ils laissent ensuite la place à Frédéric Nevchéhirlian, Antoine Chao et Guylaine Renaud (qui viennent de passer une semaine en résidence non loin d’Arles pour préparer cette soirée).
Antoine Chao derrière le bar les mains sur les platines, le béret à portée de ses mains, lance des enregistrements d’époque (cad, des 130 dernières années !), ou d’autres faits par lui même pour l’occasion et interagit avec le duo sur scène (Frédéric Nevchéhirlian et Guylaine Renaud). Ces deux derniers jouent le rôle de troubadours modernes.
G.Renaud chante ou conte et joue du tambourin. Nevchéhirlian chante et raconte et joue de la guitare. L’histoire que les trois racontent mêle les évènements de la vie d’Arles contemporains de Jeanne Calment à ceux du fameux vélo qu’elle enfourcha toute sa vie.
Le parti pris approprié (on n’est pas là pour sacrifier l’ex-doyenne de l’humanité, mais pour prendre comme témoin du siècle), mixe archives sonores et création.
On commence par un excellent texte électrique (à la fois tendre et drôle) de Nevchéhirlian “la Roue“ : « la roue c’est comme l’homme mais en mieux : c’est rond », qui introduit à merveille le suivant et folklorique (dans le bon sens du terme) Lo velocipeda de Guylaine Renaud. Le trio réussit la gageure de captiver l’attention de la salle entière sur ce thème imposé, depuis le devant, où des enfants sont assis, jusqu’au fond où le bar est ouvert, le silence total se fait quand Fred Nevchéhirlian met en musique la lettre de Vincent van Gogh à son frère Théo à propos de ses déboires arlésiens. L’émotion est alors palpable, on peut la sentir nous envelopper. Le ton est également juste quand Guylaine Renaud évoque Graziella Romano presque centenaire “jeune est le temps“. Le ton et le son de la guitare sont exemplaires quand Nevchéhirlian reprend “Aucun express“ de Bashung ou lorsqu’il transforme le poème satirique de 1880 “les bloomers du Kentucky“ en blues.
Les choix faits par le trio (en décalage et avec recul) sont impeccables, convertissent cette soirée surprise en concert réussi et prouvent une fois de plus que les résidences et les mélanges de genres conduisent toujours quand ils sont confié à des artistes de talent, à de grandes réussites.
Télécharger l'article
Article Echo des carrières
http://www.association-idees.com/TLG/Echo%20des%20carrie%CC%80res%20N%C2%B053.pdf
Echo des carrières N°53
Spectacle Judéo Comtadin au Museon Arlaten
Une création de Guylaine Renaud, interprétée par Françoise Atlan et Guylaine Renaud
Quelle heureuse initiative que celle de Mme Dominique Serrena , conservatrice du Museon Arlaten, de demander à Guylaine Renaud -femme troubadour- de créer un projet, le voyage des 10 ! (voir encadré),dix objets qui vont vivre une deuxième vie grâce à l’univers créateur et imaginatif de l’artiste. Parmi les 10 objets , la vitrine juive , qui se trouve en bonne place au sein du Museon, a été la première choisie et ce n’est pas un hasard. Guylaine Renaud a voulu donner vie à nos ancêtres dans les carrières, à travers les objets exposés dans cette vitrine, retrouvant ainsi son thème de prédilection : les minorités ethniques .Le principe pour chaque spectacle, outre l’auteure, est d’inviter à chaque représentation un(e) artiste qui présente une approche artistique semblable ou complémentaire. Pour la circonstance ce fut Françoise Atlan, dont la célébrité en matière de répertoire judéo-espagnol et judéo arabe n’est plus à faire .
Le Muséon Arlaten, avec ce projet, qui se terminera en 2013 par l’édition d’un support CD de l’ensemble des spectacles, donne une autre dimension au mode classique de communication et de diffusion d’un musée, habituellement seulement visuel.
Constituée sur l’initiative de Frédéric Mistral, la collection de cette vitrine juive est composée d’objets, offerts pour la plupart, par Albert Lunel félibre de Carpentras et grand ami de Mistral .Collection complétée par ceux de son petit fils Armand Lunel. Ces souvenirs sont représentatifs des traditions judéo-comtadines.
Merci au Muséon Arlaten de nous autoriser à publier les magnifiques photos, montrant quelques objets de grande valeur, qui agrémentent cet article. Nous attirons votre attention sur l’œuf (taille réelle d’un vrai œuf) qui présente le texte du « Cantique des Cantiques »en caractères hébraïques minuscules. Un vrai chef d’œuvre !
Quand on sait que tout cela se passe à Arles, ville au passé romain fastueux, dont les traces archéologiques sont encore très présentes, on peut imaginer l’émotion ressentie .Le Museon Arlaten qui fut souhaité et créé par Frédéric Mistral en 1896, se trouve dans l’hôtel Laval-Castellane qui témoigne de l’architecture arlésienne des XVème, XVIème, et XVIIème siècles. Il est construit sur les vestiges du forum romain d’Arles, dont on peut admirer quelques reliques dans la cour, le porche à peine franchi. C’est l’un des tout premiers musées de province destiné à collecter des objets et documents ethnographiques issus de la vie quotidienne afin de préserver la culture et la langue régionale si chère au poète, bien soutenu en cela par le Conseil Général des Bouches du Rhône.
Venons en maintenant à cette soirée artistique .
Pour ce spectacle, premier du genre depuis fort longtemps, création de surcroit, Guylaine Renaud nous avait contactés, parmi les nombreuses sources qui ont alimenté son inspiration. Nous étions donc impatients de connaître le résultat.
27 juin 2008, l’une des journées les plus longues de l’année.
20h Les derniers rayons du soleil permettent de jouir du spectacle grandiose que nous offre la cour du Musée.
20h 30 : une cinquantaine de spectateurs,( pour la grande majorité des touristes de passages attirés par l’originalité du spectacle) , le silence……
Une voix limpide amplifiée par l’acoustique du lieu, entame la soirée ; c’est celle de Françoise Atlan, avec un chant Judéo-Espagnol, Arvoles. Elle aborde la scène, en arrivant du fond de la salle …. bientôt suivie de Guylaine Renaud, au timbre de voix, différent, mais aussi enjôleur, avec un thème extrait de l’œuvre de Frédéric Vouland (prix ACJP 2008) Lo palai de la Messila. L’émotion est croissante au fur et à mesure du déroulement du spectacle tantôt vif tantôt langoureux Guylaine et Françoise alternant chants individuels, duos et textes sur la vie de nos aïeux, en une conjugaison harmonieuse de leurs deux belles voix.
On citera Le Cantique des Cantiques en Français et en Provençal, évoquant la bible (mais aussi l’œuf , objet de la vitrine cité plus haut).
Pour bien montrer que les œuvres choisies, étaient emplies d’influences diverses, Françoise et Guylaine nous présentent un mélange judicieux de chants Judéo-Espagnols , Judéo-Comtadins ,Provençaux comme Yehad mi yode’a / Un fai lo pichon fieù , chant d’accumulation et de tradition judéo espagnole et de haute Provence .
Citons encore Simeu amin et makovi, complainte judéo-comtadine ou Kol adonaï chant de la liturgie hébraïque, Lo sacrifici d’Abraham ,chant populaire de haute Provence sur un arrangement musical de Guylaine Renaud ,Lou sermon di jusiou extrait de la version parue dans l’Armana Provençau de 1875,sans oublier Had Gadia (le chant du cabri) que l’on retrouve de nombreuses cultures.
L’ensemble des chants était lié par un texte original de Guylaine Renaud sur la vie quotidienne dans la Messila (la rue) de nos « arba kéhilot », inspiré en grande partie par le roman de Laurence Benveniste Les chapeaux Jaunes du Pape (Ed Cheminements)-Prix ACJP 2006 .
Bravo à tous les protagonistes de ce beau spectacle. Merci à Mme Séréna, conservatrice du musée, et à Mme Salvetat, sa collaboratrice d’avoir mené à bien toutes les démarches nécessaires à son aboutissement ; bien sûr merci à Guylaine pour sa création et sa réalisation, et à Françoise et Guylaine pour la qualité artistique du spectacle qu’elles nous ont offert et qui nous a fait vivre une heure et demie d’émotion.
Nous pensons qu’a part Roselyne Anziani, ainsi que mon épouse et moi-même qui représentions l’A.C.J.P, les spectateurs présents ont été enchantés .Leurs applaudissements chaleureu[x et leur présence autour des artistes en fin de spectacle en sont la preuve tangible.
Nous voici riches, maintenant, d’un spectacle culturel judéo-comtadin de qualité qui a le mérite de son originalité.
Notre collaboration avec Guylaine Renaud ne s’arrêtera sûrement pas là !
Gilbert MONTEL
